La deuxième exécution du capitaine Guillaume Delorme

Par Nathalie Alzas, docteur en histoire.

La deuxième exécution du capitaine Guillaume Delorme
Gaetano Ferri, La Principessa di Lamballe condotta al supplizio (1866), Musée Civique de Turin

Guillaume Delorme (1759 ?-1795) pourrait être un de ses inconnus de l’histoire qui, à l’instar d’un Louis-François Pinagot, étudié naguère par Alain Corbin1, n’a laissé que des traces ténues dans les archives.

Mais le capitaine Delorme fait partie des personnages secondaires de la Révolution dont la situation est assez paradoxale. Il est, à la fois, une figure fugitive, évoquée en une ou deux phrases dans les histoires générales de la période, et omniprésent sous la forme d’un archétype voué aux gémonies.

En effet, Delorme, peut-être obscur et respectable artisan du faubourg Saint-Antoine, possède deux caractéristiques qui apparaissent comme autant de tares pour des folliculaires qui, depuis deux siècles, déshonorent sa mémoire : Originaire des « isles », il est « noir » et il est un militant révolutionnaire, un sans-culotte donc. Son parcours historiographique est une confrontation entre les faits historiques, parcellaires, réduits à quelques lignes biographiques2, et une série de fantasmes, nourris de préjugés, souvent racistes, qui en font l’incarnation d’une monstruosité attribuée à tout révolutionnaire.

Une vie marquée par l’engagement révolutionnaire

Né vers 1759, à Port au Prince, Delorme s’installe en métropole vers 1774. Il exerce les activités de « maître menuisier3 », « carrossier ». Il aurait participé à la prise de la Bastille. Ce « libre de couleur » n’a rien d’un indigent car il entre dans la Garde Nationale parisienne, à une date où il faut disposer d’un certain revenu pour en faire partie. En 1791, son loyer est de 500 livres et il est imposé de 35 livres de contribution mobilière4. Comme de nombreux artisans parisiens, il travaille pour l’effort de guerre, à partir de 1792, pour les charrois militaires.

Il devient capitaine des canonniers de la section de Popincourt (faubourg Saint-Antoine). À ce titre, il a dû être présent à la journée du 10 août 1792 qui mit fin à la monarchie. Après Thermidor et la chute de Robespierre, il participe, en mai 1795 (prairial an III), au mouvement insurrectionnel parisien qui réclame à la Convention « du pain » et « la constitution de 1793 », c’est-à-dire un fonctionnement démocratique de la République, à un moment où le suffrage censitaire amorçait son retour. Mais le vote des humbles n’était plus de saison. La répression fait taire les derniers éléments actifs du militantisme populaire. Guillaume Delorme, arrêté, condamné à mort, est exécuté le 24 mai 17955.

Son parcours est commun à d’autres révolutionnaires fortement engagés dans la défense de leurs idéaux, et qui, comme lui, terminèrent leur vie sur l’échafaud. Le capitaine de la garde nationale est un des nombreux militants, intermédiaires culturels majeurs entre le petit peuple parisien et le personnel politique de la République. Cet engagement sans-culotte fait figure de repoussoir pour toute une tradition contre-révolutionnaire.

La forgerie de la monstruosité

En effet, si nous savons fort peu de choses sur la vie de Guillaume Delorme, jusqu’à son exécution en 1795, nous sommes confrontés, depuis, à un flot d’écrits et de paroles qui fantasment sur son rôle supposé lors de journées révolutionnaires.

Ainsi, savoir « qui était Guillaume Delorme ? » est une tâche ardue, pour les historiens, devant la rareté des sources le concernant.

Par contre, demander « qui était le nègre Delorme ? » aboutit à une autre réponse, aisée à trouver. Il s’agit d’un archétype très répandu, surchargé de connotations racistes, accumulées, depuis deux siècles. Ce Delorme-là erre dans les différents récits réactionnaires comme la quintessence du mal révolutionnaire et de son principe, l’égalité entre tous les êtres humains. Le « nègre » est au centre des massacres de septembre 1792, violant la princesse de Lamballe, la coupant en morceaux, avant de décapiter, au sabre, quelques années plus tard, le député Féraud lors des journées de prairial an III (mai 1795).

L’historien ne sait pas si Guillaume Delorme a joué un rôle dans les massacres de septembre, ni même s’il était présent aux alentours des prisons parisiennes au moment de cet événement ou s’il a croisé, une fois dans sa vie, Féraud. Mais le capitaine des canonniers de Popincourt, par son action insurrectionnelle, en prairial an III, devient vite une figure repoussoir, allégorie de la sans-culotterie parisienne haïe et redoutée. Sa couleur de peau fait office de circonstance aggravante.

Très tôt dans la Révolution, des auteurs ou acteurs de la contre-révolution, tout à leur traumatisme face à la chute de la monarchie absolue, alimentèrent une série de récits horrifiques destinés à dénoncer des adversaires présentés comme des monstres. Les multiples récits des massacres de septembre aboutirent à une surenchère dans laquelle une figure comme celle de la princesse de Lamballe était vouée aux pires outrages6. Cette production portait un regard très ambigu sur la personne du roi et de son entourage, en les vouant à des modes de supplice terrifiants qui énonçaient à la fois une impuissance face à l’effondrement monarchiste et une rancœur face à Louis XVI, accusé d’avoir été un monarque faible7. Par ailleurs, la chute des montagnards et de Robespierre, en juillet 1794, forgea un légendaire de la « Terreur »8 dans lequel puisa le discours royaliste pendant plus de deux siècles. Cela consolida ce corpus de stéréotypes contre-révolutionnaires, d’autant qu’un marché éditorial s’ouvrait sur ce type de production, avec un véritable apogée au XIXe siècle.

L’aspect remarquable est la pérennité d’un archétype, surtout s’il ne repose que sur peu d’éléments. En effet, les récits sur Delorme répètent, en boucle, les mêmes fantasmes, alimentant d’autres fantasmes jusqu’à nos jours, même s’ils ne tiennent qu’en quelques lignes. Cette permanence de la légende noire répond, en effet, à des objectifs idéologiques, qui, eux aussi, sont caractérisés par la continuité.

L’assignation à une condition sociale inférieure

Le maitre-artisan Guillaume Delorme est sans cesse relégué à une condition inférieure, tant il apparaît inconcevable, dans la pensée réactionnaire, qu’un « noir » puisse être un personnage indépendant, dirigeant sa propre entreprise. Il doit être dans une position d’obéissance. Delorme est donc qualifié de « domestique9 » du révolutionnaire Fournier l’américain, « ramené » par lui de Saint-Domingue10. La forme passive du verbe indique bien l’absence d’indépendance du « noir ». En d’autres termes, même libre, le personnage reste assigné à un statut servile.

La monstruosité de Delorme est renforcée par l’idée qu’il aurait été un dépendant de la princesse de Lamballe. Des récits en font « un de ses gens11 ».

Cela permet d’énoncer que le « nègre » est intrinsèquement un serviteur, mais un mauvais serviteur, paresseux, dangereux, ingrat. Il voudrait assassiner sa maîtresse blanche, celle qui l’aurait couverte de bienfaits avant de le chasser de chez elle à cause de ses dérèglements12.

D’autres récits font de Delorme un domestique stupide qui aurait frappé sa bienfaitrice sans le vouloir, car il aurait été trop ivre pour réaliser ce qu’il faisait13. Le thème de l’ivresse renforce l’idée d’une impossibilité pour l’humble d’agir de façon rationnelle car ce dernier serait soumis à des émotions effrénées. L’assignation sociale est ainsi pérennisée, en affirmant que la Révolution française, renversement inouï d’un ordre millénaire, ne saurait être qu’une folie, partagée par tous ses acteurs. Un dictionnaire des idées reçues dirait donc que le sans-culotte serait toujours « ivre de vin et de carnage », accusation souvent réitérée à l’égard du « nègre Delorme », notamment dans toute une littérature d’extrême-droite14.

De nombreuses œuvres, déjà citées ici, font également de Delorme un « bègue ». Il est difficile de connaître la réalité du fait, mais cet aspect s’insère dans une série de clichés habituels qui fait des simples citoyens – et parfois de leurs représentants — des personnes incapables de s’exprimer correctement. La disqualification de la démocratie est affirmée par ce type de poncif15. Il est assez remarquable que des écrivains hostiles à la Révolution font de Delorme un « bègue » aux capacités intellectuelles limitées, et que d’autres attribuent ce même trait pour ridiculiser Boissy d’Anglas, le conventionnel qui fait face à la foule soulevée, en prairial an III.

Par ailleurs, le vieux mythe du révolutionnaire stipendié, par divers comploteurs, permet de nier l’engagement politique du sans-culotte. Le simple militant, et à plus forte raison le « noir », ne saurait agir suivant des convictions, mais comme un objet docile, payé, manipulé par des puissants16. L’ivresse et l’argent motiveraient seuls les agissements des révolutionnaires modestes17.

Cependant, l’ingratitude / la vengeance du « serviteur noir » peut être perçue comme une forme de dégénérescence, au XIXsiècle, d’un mythe important des anti-esclavagistes du siècle des Lumières, le « Vengeur du Nouveau Monde ». Ce dernier perdrait sa portée subversive pour ne garder que l’aspect d’une sauvagerie innée.

Le Vengeur du Nouveau Monde

Delorme symboliserait une « guerre des races », par les massacres de septembre, « vengeant, en ce moment suprême, les atrocités commises à d’autres époques par la race blanche sur la caste des gens de couleur 18 ».

Lamartine est un des auteurs qui a le plus insisté sur cette incarnation du vengeur des esclaves :

« Ce noir, infatigable au meurtre, égorgea à lui seul plus de 200 prisonniers19 (…) pendant les trois jours et les trois nuits du massacre, sans prendre d’autre relâche que les courtes orgies où il allait retremper ses forces dans le vin. Sa chemise rabattue sur sa ceinture laissait voir son tronc nu, ses traits hideux, sa peau noire rougie de taches de sang, les éclats de rire sauvage qui ouvraient sa bouche et montraient ses dents à chaque coup qu’il assenait, faisaient de cet homme le symbole du meurtre et le vengeur de sa race. C’était un sang qui en épuisait un autre, le crime exterminateur punissait l’Européen de ses attentats sur l’Afrique. Ce noir, qu’on retrouve une tête coupée à la main dans toutes les convulsions populaires de la Révolution, fut deux ans plus tard, arrêté aux journées de prairial, portant au bout d’une pique la tête coupée du député Féraud et périt enfin du supplice qu’il avait tant de fois prodigué20 ».

Cette idée d’un « vengeur du nouveau monde » fut développée notamment par Louis-Sébastien Mercier, pour démontrer la nécessité de l’abolition de l’esclavage au nom des droits de l’Humanité. Le thème du Vengeur du Nouveau monde était une mise en garde à l’égard des colons : si vous ne vous décidez pas à abolir de vous-mêmes ce système inique, celui-ci disparaîtra dans le sang, votre sang, par la révolte inéluctable des opprimés. Mercier n’appelle pas de ses vœux l’insurrection, il s’en empare pour réveiller les consciences. Mais sa dénonciation de l’injustice prend des accents messianiques en exaltant le « Vengeur du nouveau monde », statufié en 2440 :

« Il est venu, comme l’orage qui s’étend sur une ville criminelle que les foudres vont écraser. Il a été l’ange exterminateur à qui le Dieu de la justice avait remis son glaive : il a donné l’exemple que tôt ou tard la cruauté sera punie, et que la Providence tient en réserve de ces âmes fortes, qu’elle déchaîne sur la terre pour rétablir l’équilibre que l’iniquité de la féroce ambition a su détruire21 ».

Ce thème du Vengeur est bien présent parmi les Lumières en lutte contre l’esclavage. Diderot reprend des accents similaires à ceux de Mercier :

« Où est-il ce grand homme, que la nature doit à ses enfants vexés, opprimés, tourmentés ? Il paraîtra, n’en doutons point, il lèvera l’étendard sacré de la Liberté. Tous les tyrans deviendrons les proies du fer et de la flamme22 ».

Pour le philosophe, il n’y a pas de distinction entre « races », mais un même appel à la révolte pour les opprimés, quels qu’ils soient, au nom du droit de résistance à l’oppression. Plusieurs décennies plus tard, le souvenir duVengeurest encore présent. Mais la vision des Lumières s’estompe peu à peu. Les contemporains de Lamartine peuvent penser, avec effroi, que leVengeurest effectivement venu, à Saint-Domingue comme à Paris, pendant la Révolution, sous de multiples formes : Toussaint-Louverture dans lesisles, les sans-culottes dans la métropole. La peur et le rejet que suscitent ces derniers expliquent les fantasmes des auteurs du XIXe siècle.

Si Lamartine conserve dans la description de l’artisan des traits, sinon positifs, du moins expliquant la violence par une réaction à l’oppression, d’autres récits accompagnent la montée en puissance d’une rhétorique raciste, au moment où se développent les empires coloniaux.

Le monstre africain

Depuis deux siècles, les auteurs contre-révolutionnaires renchérissent sur l’aspect abominable du « nègre Delorme dont la poitrine velue, toute souillée de sang et le rire atroce, bestial, faisait horreur23 ». Des descriptifs récurrents sur la pilosité, ont pour objectif de le bestialiser. Il serait l’émanation d’un extérieur maudit, l’Afrique :

« Cet effroyable nègre qui égorgea pendant les trois jours entiers, sans autre interruption que celle dont il avait besoin pour aller prendre à la hâte quelques rafraichissements aux cabarets voisins. Ce monstre, vomi par la terre africaine, était horrible à voir, plus horrible que les autres tueurs. Les bras nus, la poitrine découverte, sa peau noire presque entièrement rougie par le sang, et poussant d’affreux éclats de rire à chaque victime qu’il voyait expirer sous ses coups24 ».

L’expression « vomi par la terre africaine » donne à Delorme une altérité absolue, qui le retranche de la communauté des hommes. Elle est directement transmise d’auteurs en auteurs qui recopient le poncif25. On peut ajouter que ce type de formulation renvoie à un monde tellurique, souterrain, volcanique, qui fait du « noir » un personnage dont les origines proviennent des Enfers. La sauvagerie du « nègre » en est décuplée.

Les représentations en uniforme de la garde nationale ou en vêtements de travail sont quasi inexistantes. Le « nègre », comme il se doit, se caractérise par la nudité. Le peintre Court insiste sur son aspect féroce, en le présentant la poitrine à moitié découverte, avec un sabre souillé de sang à la main26. Delorme est ainsi assimilé à la sauvagerie de contrées non-civilisées. L’allusion au débraillé, à la nudité, est également, de façon classique, un moyen de condamnation morale.

L’archétype est complété par un élément essentiel, celui de la lubricité. Lorsque des ouvrages développent le personnage de Delorme, ils y ajoutent une dose de sexualité débridée. Les fantasmes sur les liens entre les « nègres » et les « femmes », notamment « blanches » aboutissent à une association entre les deux catégories, comme si les premiers et les deuxièmes avaient immanquablement un lien érotique. On peut ajouter que cette relation entre le sort du « noir » et celui de la « femme » est toujours utilisée sous forme de d’association automatique par des discours très divers, selon des idéologies variées, aujourd’hui comme hier. La croyance en un sort commun ou une communauté d’intérêt, liaison fantasmée, aboutit à une série de clichés persistants, quoique réactualisés selon les modes du jour :

« Les canonniers étaient commandés par un nègre de haute stature, de corpulence énorme et d’une figure effroyable (…). Dans le faubourg Saint-Antoine qu’il faisait mouvoir à son gré, surtout par le moyen des femmes (…). D’un caractère féroce et d’un tempérament de feu qu’il avait puisé sous le ciel de la zone torride, Delorme, c’était son nom, s’était formé une espèce de sérail dont Théroigne de Méricourt et Jeanne Leduc étaient le principal ornement (…) esclaves soumises, aux moindres désirs de leur sultan à peau noire (…) Celui-ci faisait descendre dans la rue les odalisques (…) non moins éhontées que sanguinaires et façonnées au crime par une vie de débauches [qui] entraînaient d’autres femmes. Delorme venait d’organiser l’insurrection de prairial (…)27».

Ce texte, riche en stéréotypes racistes et misogynes, mêle fantasmes intemporels et mode de son époque, à savoir l’orientalisme en vogue au XIXe siècle. L’érotisation du « noir » est un poncif éculé, mais en tant que tel, fortement utilisé. Le « quasi-nègre » Delorme devient « un bourreau des cœurs » des « belles républicaines » et « drôlesses » de son quartier28. Il serait doté de « capacités physiques incroyables. Il aurait organisé chez lui un petit sérail de trois ou quatre femmes »29. La pornographie n’est jamais loin, comme l’atteste, par ailleurs, l’utilisation de la mort de la princesse de Lamballe, pour déployer les obsessions fétichistes de nombreux auteurs, de Rétif de la Bretonne30 jusqu’aux sites internet du XXIe siècle31. Les productions les plus répandues cèdent à cette utilisation de fantasmes sexuels, tel leJournal illustréqui accuse Delorme d’avoir « lascivement » lavé le cadavre de la princesse afin de dévoiler son « corps d’albâtre »32. La présence du « noir » dans la scène du « supplice » est un adjuvant majeur de ces récits.

Le propre des stéréotypes est leur pérennité, au fil du temps, on le sait. Mais les clichés concernant Delorme interrogent tant ils peuvent heurter une époque dont des acteurs affirment une volonté de lutter contre les préjugés que ces derniers engendrent. Les traits attribués à Delorme, à commencer par le terme « nègre », apparaîtraient en décalage par rapport à des évolutions récentes, telles qu’elles s’énoncent dans de nombreux lieux médiatiques, politiques, institutionnels contemporains. Or tout ceci n’a aucune prise sur la perpétuation de stéréotypes bien connotés idéologiquement, comme si les modes de pensée, quels que soient leurs intentions, se moulent dans des structures traditionnelles inaltérables.

Nihil novi

Les « nouvelles technologies de la communication » n’engendrent pas des discours novateurs. Internet et consorts sont une formidable caisse de résonance pour les fantasmes les plus archaïques. Les œuvres réactionnaires du XIXe siècle, libres de droit, retrouvent une nouvelle jeunesse, y compris les illustrations les plus fantaisistes.

Par exemple, en septembre 2013, puis l’année suivante (réactualisation oblige), Le Point commémora les massacres de septembre, par un article recopiant fidèlement deux siècles de poncifs : « 3 septembre 1792, le sexe de la princesse de Lamballe sert de moustache à ses bourreaux33 ». Ce produit abonde en détails horrifiques, avec des apartés qui se veulent humoristiques sur la République (celle de 2013) :

« Le nègre Delorme ramené de Saint-Domingue par Fournier l’Américain, s’empare du cadavre pour la déshabiller et éponger le sang afin d’en faire admirer la blancheur aristocratique. Ses gros doigts violent la morte. Il est hilare ».

Il serait malhonnête d’attaquer le style des deux « journalistes » qui n’ont fait qu’utiliser une pratique essentielle des sites dits d’information, le copier/coller (avant d’être surclassé sur ce point par l’IA). L’emploi du terme « nègre » ne pose aucun problème aux auteurs qui le reprennent sans les guillemets mis ici.

La question ne s’est pas posée pour eux, pas plus que la reprise de lourds stéréotypes : le « noir » violant la femme « blanche » (le post-mortem devant sans doute ajouter à l’horreur de la chose), et le rire aux éclats lors des atrocités qu’il commet34. Le grand enfant noir et brutal, violeur, rit toujours en montrant ses dents (toujours si blanches). Cela fait beaucoup de clichés, en peu de lignes. Cet article du Point a eu cependant le « mérite » de fournir un récit facilement accessible, réactualisé, et encore plus facilement repris, par des sites internet royalistes ou avides de sensationnalisme sanguinolent35.

Ainsi, au cœur de ces stéréotypes éculés, une nouveauté semble surgir. Même si l’on sait que la contre-révolution, par des romans et une vulgarisation historique, a eu une diffusion de ses idées plus grande que son influence politique aux XIXe et XXe siècles, il est clair qu’aujourd’hui une mutation s’opère.

Grâce à la websphère, les discours réactionnaires bénéficient d’une audience inégalée. En outre, les lois sur la presse, qui poursuivaient la diffamation et les doctrines racistes, subissent une rapide obsolescence. La refondation de la presse française, en 1944-1945, s’est constituée, en partie, sur le rejet des journaux xénophobes et antisémites des années 1930. Des verrous furent posés afin d’empêcher le retour des appels au meurtre. Mais les évolutions technologiques les ont rendus obsolètes. Désormais, qu’on le déplore ou qu’on le loue, une liberté quasi absolue règne pour dire ce que l’on désire36.

L’irresponsabilité de ceux qui s’expriment, par suivisme moutonnier issu du copier/coller, et désormais de l’IA, permet de répandre n’importe quelle « information » sans réfléchir une seule seconde à quoi que ce soit, à savoir la fiabilité de ladite « information » et ses objectifs idéologiques. Il est vrai que ces recopiages/plagiats portent sur des présupposés largement partagés, par exemple, une Révolution Française assimilée à une époque barbare et des sans-culottes perçus comme des barbares.

Par ailleurs, les évolutions sémantiques et les mutations sociales jouent un rôle qui n’aboutit guère à l’effacement de préjugés. Le sens donné à certains stéréotypes montre comment une représentation prend de nouveaux aspects, tout en gardant l’essentiel, une racialisation et du « noir » et du pauvre.

Les récits anciens, sur la mort de la princesse de Lamballe, insistaient sur la blancheur de son teint, signe de son appartenance à l’aristocratie. La « noirceur » de Delorme, par contraste, permettait de souligner un trait de civilisation, les codes de la beauté étant de s’éloigner, autant que possible, de l’aspect des gens de commun. Le visage du noble devait s’opposer à celui du paysan brûlé par le soleil, comme le quidam aujourd’hui doit, au contraire, avoir le teint hâlé, afin de ne pas être confondu avec le troupeau de ceux qui ne disposent pas des moyens pour prendre des vacances. Il faut savoir imiter les dominants pour avoir l’impression de ne pas être un dominé37. Des récits accusèrent donc le contraste entre la blonde et pâle princesse de Lamballe et son bourreau « nègre » Delorme, qui résumait l’aspect diabolique de la Révolution.

Mais le temps passant, avec l’oubli de l’opposition aristocratie/ Tiers-Etat, l’épisode prit un aspect raciste évident. Le « nègre » personnifia d’autant mieux le mal révolutionnaire qu’il permettait d’aboutir à une opposition entre « races » différentes.

Les gravures du XIXe siècle sur la mort de la princesse de Lamballe accentuèrent la différence entre la couleur de la peau de la noble et celle des révolutionnaires. Sur une gravure d’Antoine Johannot, si le teint du « noir » présent (Delorme ?) est très marqué, celui des autres protagonistes est également fort sombre38. Le peintre italien Gaetano Ferri, dans son tableau La Principessa di Lamballe condotta al supplizio39(1866) utilise une palette de couleurs similaires, entre une victime au teint translucide et les révolutionnaires au teint bistre. Comme dans de nombreuses œuvres sur la Passion du Christ, un personnage désigne la victime du doigt, devant un autre révolutionnaire au teint très sombre. Celui-ci regarde le spectateur, impassible, portant une pique. Est-ce le personnage de Delorme, fantasmé ? Cette figure rappelle celle de nombreux bourreaux des scènes de martyres des saints.

Les interprétations récentes perpétuent des oppositions manichéennes, en les adaptant aux modes de leur temps. L’assassinat de la princesse passa ainsi d’une opposition sociale entre roturiers et nobles, alimentant ensuite des clichés racistes, puis, aujourd’hui, selon une thématique anglo-saxonne, un conflit « genré » : les révolutionnaires (hommes) se seraient attaqués à la femme en la personne de la princesse, dont on ne pardonnerait pas l’appartenance de « genre »40. Cette lecture de l’assassinat de la princesse devient un stéréotype omniprésent sur des vidéos internet, où les révolutionnaires seraient mus par « une peur masculine » face à la femme, d’où la nécessité de tuer et de mutiler…41 Les stéréotypes contre-révolutionnaires bénéficient d’un adjuvant majeur, le cliché de révolutionnaires misogynes.

On pourrait estimer qu’une telle explication aboutit à une lecture de l’histoire plus que restrictive. Et on ne peut s’empêcher de s’interroger sur cette interprétation « genrée » de la mort de la princesse. En ramenant madame de Lamballe uniquement à son « genre », sa vie et sa personnalité disparaissent pour ne laisser place qu’à une perception sexualisée de son corps. L’assignation identitaire reste une constante. Il n’est pas anodin que cela touche surtout les femmes, définies, aujourd’hui comme hier, avant tout, par leur sexe (pour utiliser un vieux vocabulaire…). Ramener la princesse à son « genre » pérennise sa réification afin d’alimenter et ainsi assouvir des fantasmes. Les « youtubeurs » ne font que poursuivre deux siècles de voyeurisme et de sadisme, en reprenant les multiples supplices imaginaires infligés à la princesse.

L’aspect paradoxal est le retournement de certains clichés concernant la victime. La princesse de Lamballe, vilipendée dans des pamphlets de l’ancien régime pour son lesbianisme supposé qu’elle aurait partagée avec la reine42, est maintenant célébrée selon cette même imputation43. Là encore, la personnalité de la princesse s’efface, en ne gardant d’elle que ses pratiques sexuelles (ou supposées telles).

Mais cela permet d’assurer une continuité, l’assimilation des modestes militants parisiens à des monstres sanguinaires, y compris l’immense majorité qui ne s’est pas compromise dans les massacres de septembre. Il ne s’agit pas ici de minimiser les dits massacres, ni de plaider pour ceux qui les commirent, mais de comprendre que les différentes lectures de l’événement conservent toujours, par la permanence de leurs clichés, une condamnation globale de l’action du peuple en Révolution, et des simples citoyens, en général.

La représentation de Delorme entre de plain-pied, en effet, dans les débats sur la nature humaine depuis le XVIIIe siècle. La bestialisation du capitaine des canonniers de Popincourt, s’insère dans des défaites populaires couronnées par le rétablissement de l’esclavage, en 1802, par Napoléon Bonaparte. Ce sont bien des doctrines racistes qui émergent pour justifier l’asservissement des « noirs » dans les colonies, comme l’écrasement du mouvement démocratique en métropole. Les représentations qui en découlent, armes au service d’un combat idéologique féroce, sont parvenues jusqu’à nos jours, quasi inchangés au même titre que le refus d’une égalité entre les êtres humains, quelle que soient leur origine sociale ou géographique, leur sexe, leurs croyances.

L’impossibilité d’une légende dorée

Quelques œuvres du XIXe siècle, favorables à la dernière insurrection des sans-culottes, dans le contexte des combats républicains hostiles à la monarchie de Juillet, dépeignirent Delorme à l’égal de ses compagnons d’armes. La couleur de la peau du « mulâtre » était une caractéristique accessoire, dans une lutte commune pour la démocratie44. Le capitaine des canonniers de Popincourt incarnait une fraternité entre les sans-culottes parisiens, unis dans un dernier combat au nom de la résistance à l’oppression et du refus de la faim.

Les dernières journées insurrectionnelles de la capitale, pendant la Révolution, offraient également une source d’identification aux auteurs républicains en lutte contre Louis-Philippe. En effet, les événements de prairial an III apportaient un élément qui leur était familier, la barricade. Cet outil de soulèvement urbain, décisif lors des Trois Glorieuses de 1830, était absent des grandes journées de la Révolution, hormis, justement, les événements, avortés de l’an III.

Or ces barricades commençaient à imprégner l’imaginaire révolutionnaire et démocratique des hommes du XIXe siècle, devenant un véritable mythe45. Jules Clarétie, célébrité littéraire de la IIIe République, offre ainsi une représentation sublimée du révolutionnaire Delorme :

« C’était unhercule : il exerçait le métier de charron-serrurier et ployait une barre de fer sur son genou. Le 4, àdemi-nu, il commandait ses pièces, en chemise, une ceinture rouge autour de ses reins et des pistolets à sa ceinture. On voyait apparaître sur la barricade saface de bronzeilluminée d’unfauvesourire, sa têtecrépue, sesdents blanches, ses jambesnues 46 ».

L’auteur reprend ici une rhétorique républicaine, apparue pendant la Révolution, dans laquelle Hercule est l’allégorie du peuple souverain47. En assimilant Guillaume Delorme à cette figure, il retourne les clichés péjoratifs, voire racistes, utilisés par la contre-révolution pour magnifier au contraire le personnage. Les caractéristiques physiques participent à la glorification du capitaine de la garde nationale.

Mais cette perception, minoritaire, disparut peu à peu. Une résurgence, différente, d’une valorisation de Guillaume Delorme, est présente, au début du XXIe siècle, dans l’œuvre du romancier Eric Vuillard.

Comme souvent, Delorme est compris dans la foule des modestes, des révolutionnaires issus du petit peuple parisien, foule restée souvent anonyme. Le roman énonce les incertitudes et les rancœurs de son temps, en opposant les citoyens à leurs représentants, jugeant ceux-ci incapables de porter leurs aspirations sociales. L’œuvre s’inscrirait ainsi dans une période de crise de la démocratie représentative, dépouillée ici de sa crédibilité à assurer le bien commun. À l’instar d’un Maillard, Delorme figure, selon E.Vuillard, parmi « les parias de la Révolution48 », condamnés par une postérité qui leur reproche leur engagement pendant les années 1789-1795. Le peuple souverain serait dépouillé de ses droits et condamné, dès qu’il tenterait de sortir d’une condition subalterne.

Un monde en noir et blanc

On pourrait, certes, objecter que les clichés sur « le nègre Delorme », tant ressassés depuis deux siècles, seraient uniquement l’apanage d’une partie de la production médiatique. Mais on peut constater que la proclamation des vertus du métissage et un militantisme antiraciste peuvent s’accompagner d’une utilisation de stéréotypes contre-révolutionnaires bien typés, si typés qu’ils restreignent chaque individu à un statut qui serait conféré par sa naissance, sa couleur de peau. Des auteurs, s’affirmant antiracistes, inséreraient pourtant leurs écrits dans une tradition réactionnaire, en s’abreuvant à la même source (pour rester dans l’univers des clichés).

L’œuvre de Daniel Picouly témoignerait de cette évolution. Cet auteur à succès des années 1990-2000 se fit connaître par plusieurs ouvrages qui s’ancrent dans la période révolutionnaire. Ses livres s’inscrivent dans un courant en vogue depuis les années 1980, qu’il est tentant de qualifier derevivalroyaliste. L’héroïne de Picouly est, en effet, Marie-Antoinette dont il n’a eu de cesse de témoigner de son attachement depuis l’enfance, assurant que son plus grand souhait aurait été de la sauver de l’échafaud49. Chez le romancier, aucun élément positif ne serait à retenir de la Révolution, assimilée à la guillotine et à des fantasmagories sanglantes issues de l’imaginaire royaliste du XIXe siècle.

Mais Daniel Picouly rompt avec les clichés traditionnels par sa représentation du bon peuple. Certes, la noblesse est souvent montrée sous un jour favorable. Mais les véritables héros sont inspirés desthrillersaméricains de Chester Himes, à savoir deux détectives « noirs », dont les noms sont tout un programme,CercueiletFossoyeur.

Le monde de Picouly est en noir et blanc. Il aboutit à une imagerie inversée des préjugés d’autrefois. Les sauvages sont les « blancs », dans un Paris transfiguré par un imaginaire de ville américaine. Les rues sont numérotées, le quartier derrière le Luxembourg est « Harlem », sorte de ghetto « noir ». L’univers de Picouly est intéressant car il témoigne d’une culture post-moderne en rupture avec l’héritage classique, témoignant d’une américanisation des références et des jugements de valeur. Les conflits ne sont plus guère politiques et sociaux, mais bien « raciaux ». Les « Blancs » sans-culottes sont des racistes, prêts à tuer les « Noirs » pour assouvir leur soif de sang :

« Tu sais ce qu’ils ont fait, l’autre soir, près des Cordeliers, à un citoyen comme toi ? Ils l’ont découpé en deux. Tchoc ! pour voir s’il était blanc à l’intérieur comme les radis noirs50 ».

L’écrivain déploie un anti-républicanisme habituel en ces temps. Les clichés royalistes fonctionnent toujours. Les sans-culottes sont des « braillards », ivres de meurtres et ivres tout court, sous l’influence de furieux, les leaders de la République51.

Paris est un clone d’un New York ou d’un Chicago fantasmés, avec une ségrégation raciale. La surreprésentation d’une population « noire », dans la ville de 1792, apparaît naturelle dans une œuvre qui a coupé les ponts avec les romans historiques d’antan. Plonger dans les romans de Picouly est une immersion dans l’univers des films dits de « banlieue » transposant sur la France, plus ou moins adroitement, une vision des États-Unis, issue du rap, des séries, et exaltant un communautarisme voué à l’affrontement. Lire Picouly est retrouver l’imaginaire deBanlieue 1352. Le passé et le futur se confondent dans un monde divisé, selon des critères ethniques qui cloisonnent la société. La violence est consubstantielle à ce nouveau folklore de l’imaginaire urbain. Chaque communauté se replie sur elle-même pour combattre tous ceux qui semblent différents. Les résultats en sont curieux.

La Révolution devient une plongée dans le sang et les ténèbres, car la France constitue un repoussoir face au pays attractif, les États-Unis. Le lecteur pourra ainsi apprendre, dansl’enfant-léopard,que la Révolution fut hostile à la liberté des « nègres ». Les deux héros « noirs » incriminent une Révolution qui n’aurait pas aboli l’esclavage. Ils envisagent de quitter la France, pour aller aux États-Unis, eldorado des minorités opprimées53. L’écrivain ne semble pas comprendre que l’esclavage dans les colonies françaises fut aboli par la Révolution en 1794. Et il ne semble pas se rappeler que les États-Unis restent une terre de servitude jusqu’à la guerre de Sécession, soit la deuxième moitié du XIXe siècle. Peu importe la réalité des faits, car le cliché valorisant de « l’Amérique », dans sonsoft powertriomphant, s’oppose à la vision généralisée d’une France raciste. La légende étatsunienne est plus forte que toute considération historique. Elle impose un idéal communautaire.

Une mythologie des gangs, pimentée par de l’occultisme et de la violence, permet de cibler un public plus jeune que celui des romans historiques traditionnels. Sans surprise, les livres de Picouly furent, lors de leur parution, conseillés par des responsables de l’Education Nationale qui crurent, sans doute, intéresser les « jeunes » à la littérature et à l’histoire avec de tels supports. Pourtant la modernité de Picouly bute sur la réalité des stéréotypes anciens qu’il reprend, et qui, sous une autre plume que la sienne (mettons un auteur d’extrême-droite) pourrait provoquer des réactions indignées :

« Une vieille légende d’Afrique dit qu’un jour un sauveur arrivera (…) Ce sera un nègre aux yeux bleus. Il aura la force du Noir et l’intelligence du Blanc [sic]54 ».

L’ethnicisation du récit historique passe toujours par l’utilisation d’un imaginaire hérité de préjugés colonialistes. Il est inutile d’épiloguer sur la conception d’une division de l’humanité selon des critères raciaux. L’opposition entre les qualités supposées des « noirs » et des « blancs » ramène plus au XIXsiècle qu’elle ne projette les lecteurs vers l’avenir.

L’éternel retour du cannibale

Dans son œuvre, D. Picouly reprend le portrait-charge de Delorme55, personnage monstrueux, chef de gang prêt à tout pour s’enrichir ou dominer « son territoire », organisateur des massacres de septembre, qui aurait infligé les pires sévices à la princesse de Lamballe. L’aspect remarquable est l’accusation de « cannibalisme ». Delorme finit par ouvrir une « rôtisserie » dont les matières premières interrogent56. La mythologie réactionnaire traditionnelle est renforcée par la greffe de thèmes anglo-saxons. Rappelons que des journaux anglais, lors de la Révolution, évoquaient la vente au Palais-Royal de « tartes à la viande » constituées de chair de gardes suisses, d’émigrés et de prêtres57. Les allusions à une cuisine anthropologique donnent un ton particulier au récit qui penche davantage vers Sweeny Todd que vers Dumas.

Le stéréotype conserve son noyau essentiel car la légende urbaine anglo-saxonne fait écho au mythe du « noir » mangeur de « blancs », développé par l’imagerie coloniale d’antan.

Delorme aurait non seulement torturé la princesse de Lamballe, mais aurait, pendant plusieurs jours, lors des massacres de septembre, commis des actes de cannibalisme. Or le thème de l’anthropophagie n’est pas un thème ludique permettant seulement de vendre du papier ou de la publicité sur internet.

Longtemps, les questionnements sur le cannibalisme, tels qu’ils avaient été posés par Montaigne et Jean de Léry, rejoignirent le mythe du bon sauvage. Le « civilisé » et le « non-civilisé » étaient tous deux des êtres humains. Une pensée renversait les préjugés religieux et proto-nationalistes. Des idéaux humanistes aux Lumières, une perception positive de l’Autre était promue. Mais la compréhension du cannibale, puis du bon sauvage, refluèrent, pour aboutir, dans un XIXe siècle colonialiste, au cruel et taré mangeur d’hommes, selon une vision raciste de l’humanité. « La déchéance du cannibale58 » marquait la fin d’un mythe qu’on peut estimer essentiel à l’humanisme.

Le phénomène est particulièrement présent chez Jules Verne, dont on sait combien l’œuvre a utilisé le thème de l’anthropophagie. Or ce qui est particulièrement révélateur, chez l’auteur des Enfants du Capitaine Grant, du Chancellor et autres rêveries horrifiques sur le cannibalisme, est son portrait de l’anthropophage59. Celui-ci est d’une « race » autre que ses héros par sa couleur de peau ou par son origine sociale. L’accusation d’anthropophagie participe pleinement à une idéologie coloniale qui permet de justifier la domination sur celui qui apparaissait comme non-civilisé60. Dans Les Voyages Extraordinaires, parmi les Européens, c’est l’homme du peuple refusant les hiérarchies « naturelles », soit l’obéissance à ses « supérieurs », qui tombe dans l’abjection en consommant son semblable, au contraire du bon serviteur, qui préfère mourir de faim avec son maître plutôt que de recourir à de tels expédients.

On retrouve des thématiques analogues chez des auteurs oubliés aujourd’hui, mais célèbres à leur époque. Charles d’Héricault dote, dans un de ses romans, le serviteur de ses héros, le « bon Domingo » de toutes les tares attribuées au « sauvage », tel que nous les avons déjà évoqués. L’immaturité, le manque d’intelligence font de lui un grand enfant attardé, tout juste bon à obéir. Le « noir » est d’ailleurs assez sot pour adhérer à des abominations, soit les principes apportés par la Révolution, notamment l’égalité entre tous les hommes… Sa fin attesterait de l’ineptie de telles croyances :

« [Après la Révolution], le bon Domingo n’eut de repos jusque La Bussière [son maître] l’eût autorisé à aller enseigner les Droits de l’Homme aux nègres du Sénégal. On le mangea61 ».

Le « noir » rejoindrait, dans toute une littérature réactionnaire, « le sans-culotte ». L’humble révolté est « un buveur de sang », et fatalement un dévorateur de chair humaine. Les fantasmes liés à l’anthropophagie sont alors intimement liés à une peur sociale qui fait du « noir » comme du pauvre un non-humain.

Le « nègre Delorme » est le type même du noir mangeur d’hommes des médias du XIXe siècle, y compris dans les faits divers. En effet, le personnage est apparenté à d’autres figurations monstrueuses fantasmées tel « Fétiche », le soi-disant domestique « noir » de l’auberge de Peyrebeille. Rappelons qu’au début des années 1830, un couple d’aubergistes ardéchois, fut accusé, avec leur serviteur Rochette, d’avoir assassiné un certain nombre de leurs clients. L’imaginaire s’enflamma, lors de leur procès et de leur exécution. Le mythe del’Auberge Rougeétait lancé. Le nombre de victimes devient exponentiel, dans des œuvres lancées dans une surenchère sanguinolente. L’anthropophagie affleura : une chanson ne dit-elle pas que tel client finit dans un chaudron afin d’engraisser le cochon des aubergistes ? Les fantasmes se cristallisèrent sur Rochette, qui, bien qu’issu d’un bourg ardéchois, devient « Fétiche », le féroce « nègre », qui découpe, à grands coups de hachoir, le corps des malheureux clients dans la cuisine.Les auberges sanglantes,de J. Beaujoint62, présentent, en pleine action, le « noir », ce serviteur dont plusieurs sources d’époque attestent qu’il serait plutôt un blondinet aux yeux bleus… L’archétype se perpétue au siècle suivant, par le cinéma63. La mutation d’un paysan ardéchois en « nègre » mutilateur en dit long sur les stéréotypes narratifs sur le peuple, comme dans les récits de la mort de la princesse de Lamballe, où abondent les hantises anthropophages et sexuelles64.

Les fantasmes donnent au criminel supposé une altérité absolue. Le sans-culotte est un cannibale, celui qui rompt toutes les règles sociales, dévore cru un être humain, comme un animal. La lecture politique de l’événement est sans surprise :

« Le XVIIIe siècle, celui des Lumières et des grâces libertines s’achevait dans le crépuscule et dans l’anthropophagie65 ».

Le cannibalisme permet de dénoncer la transgression majeure, le bouleversement de l’ordre social et politique, la révolte contre son supérieur, aristocrate, riche propriétaire ou entrepreneur. La permanence des fantasmes sur Delorme procure aux contre-révolutionnaires le repoussoir le plus abouti. Le sans-culotte « noir », l’anthropophage parfait, transgresse tous les tabous de l’humanité.

Pourquoi le portrait-charge du « nègre Delorme » retrouve-t-il une nouvelle efficience ?

Ces stéréotypes conservent toute leur efficience car ils trouvent une nouvelle vitalité grâce aux mécanismes engendrés par internet, comme nous l’avons abordé plus haut.

Les pratiques numériques ont évolué de l’âge de l’écrit à la vidéo, avec une montée en puissance des aspects horrifiques. Le recours à la technologie permet ainsi au sang de gicler nettement plus, y compris plus haut, et aux corps d’être nettement mieux découpés en morceaux, grands ou petits. Beaucoup de ces vidéos sont d’origine anglo-saxonne.

Grâce à l’IA, il semble que les images produites, depuis quelques mois, bénéficient d’un n’importe quoi nettement plus étoffé qu’auparavant (étoile rouge sur le drapeau tricolore, défilé de révolutionnaires vêtus… en templiers… etc. ). On peut certes trouver leur originalité limitée, tant on assiste à une reprise pure et simple des poncifs hérités du XIXe siècle et des débuts du XXe siècle, dans le sillage de Dickens (Le Conte des deux villes)et de la baronne Orczy (Le Mouron Rouge).

Certaines vidéos sont françaises. Elles n’offrent pas davantage de surprise, quoique… Par exemple, en 2019, un jeune « youtubeur », Juste Quentin, proposa à ses « followers » d’évoquer parmi « les pires atrocités françaises » « la mort atroce de la princesse de Lamballe »66. Le récit, comme il se doit, donne peu dans la nuance, en reprenant les clichés habituels :

« le nègre Delorme ramené de Saint-Dominique [sic] par Fournier l’américain, s’empare du cadavre pour éponger le sang pour montrer sa blancheur aristocratique. Ses gros doigts violent la morte ».

Les stéréotypes sont toujours les mêmes, même si on peut constater une déperdition encore plus grande des références culturelles, qu’elles soient géographiques ou historiques. La « source » du narrateur pourrait être l’article duPointou des sites royalistes qui l’ont repris. Cependant, l’intéressant est l’accentuation des fantasmes cannibales, à l’image de ce que l’on peut considérer sur d’autres supports contemporains :

« Les sans-culottes égorgeaient des centaines de nobles, mais aussi des prêtres, des femmes et des enfants… [qui] sont éventrés, démembrés, hachés, piétinés et mêmes bouffés (…) Tout ce que je raconte (…) cela s’est passé pour de vrai. Il y eu vraiment des actes de cannibalisme en plein Paris (…) 67»

« Le sans-culotte » est une entité monstrueuse dont on ne sait rien, si ce n’est ses appétences culinaires. Il s’oppose à la victime, valorisée par sa qualité (noble), son sexe (femme), son innocence (enfant). Une phraséologie issue du XIXe siècle surgit en creux dans de tels récits. Il ne s’agit aucunement de mettre en cause la démarche d’un Daniel Picouly ou du « youtubeur » évoqué ici. Affirmer qu’ils utiliseraient une rhétorique raciste serait aussi absurde qu’odieux.

Mais il est éclairant que la reconstruction fantasmée de Guillaume Delorme soit la même chez un ultra de la Restauration que chez un jeune « youtubeur » du début du XXIsiècle. Un discours essentialiste ne peut reposer que sur des stéréotypes, qui, plus ou moins inversés, restent présents. Il expose ses auteurs à reprendre de vieux récits justifiant les affrontements entre les hommes au nom d’une couleur de peau différente (et à acquiescer, éventuellement, à la répétition, sanglante, de ces affrontements, dans le futur).

L’essentialisation de l’Autre aboutit toujours aux mêmes résultats, car elle ne peut s’imposer qu’en reprenant des clichés, poncifs, stéréotypes… classant les êtres humains par leur couleur de peau, et finalement, justifiant leur déshumanisation. Daniel Picouly peut apparaître comme un précurseur, dans les années 1990, des récits qui dominent, aujourd’hui, avec le retour de cette perception essentialiste de l’être humain, défini par sa couleur de peau, son sexe, régi par une conflictualité obligée entre individus au nom de cette assignation identitaire, par une imprégnation d’une culture étatsunienne. Un curieux mariage s’opérerait ainsi, entre des récits réactionnaires du XIXe siècle et une mise en scène « progressiste » du XXIe siècle.

Les stéréotypes sur Delorme révèlent ainsi deux camps opposés : une vision raciste dénonçant une sauvagerie innée du « nègre », et sur l’autre bord, en ce début de millénaire des polémistes expriment une opposition entre « noirs » et « blancs » basés sur la culpabilité des dits « blancs », colonialistes et esclavagistes ad aeternam. Ces deux camps rejettent les mêmes idées, celles du message émancipateur et universaliste des Lumières. Ils partagent, de fait, des haines analogues, comme si leurs oppositions politiques étaient nivelées par l’amoncellement des clichés qu’ils utilisent et usent en commun, au service de la très banale et de la très réactionnaire division de l’humanité entre « races » supposées.

En effet, leurs images aboutissent à un portrait-charge similaire de Delorme, dans un contexte où les stéréotypes racistes et antisémites connaissent une croissance exponentielle en ce début de millénaire, notamment chez les plus imprégnés de pratiques numériques.

Le modeste sans-culotte, ici Guillaume Delorme, n’a rien qui puisse le faire sortir de sa figuration monstrueuse, car, loin de la passivité rassurante de la victime, il agit. Ce n’est pas une figure people. Il n’est pas une figure d’exception, tel un musicien et un escrimeur d’élite, un général père d’un célèbre écrivain… Surtout, son combat est largement discrédité.

Si Ettore Scola associait, en 1982, dans La nuit de Varennes, la prise de conscience politique d’une jeune domestique venue des « isles » à celle des paysans champenois, vers un même éveil à la Liberté, les décennies suivantes brisèrent cette conception. Des romans opposent clairement le bon héros, combattant de Saint-Domingue, à des sans-culottes avinés et violents68. Une appréciation différente des engagements politiques est ainsi présente, le premier étant loué, les autres présentés comme une monstruosité.

Delorme, lui, lutte dans sa ville, Paris, pour conserver des droits politiques et obtenir de meilleures conditions de vie pour tous, ce qui donne de son engagement un aspect peu moderne, pour ne pas dire dépassé. Il s’oppose ainsi à la figure valorisée d’un Toussaint-Louverture ou d’un esclave qui se révolte dans les colonies, loin de la France, comme si la seule lutte qui pouvait être, désormais, admise devait se conjuguer avec une assignation identitaire, où la couleur de la peau interdirait tout combat commun avec les humbles de la métropole parce que « blancs ».

L’effacement du républicain

Arrivé ici, il est inutile de poursuivre les citations sur le « nègre » Delorme. Des romans historiques aux biographies de la princesse de Lamballe, jusqu’aux articles journalistiques et aux vidéos internet, le même récit s’acharne sur le personnage. Ainsi va la destinée posthume de Guillaume Delorme. Quant à savoir qui il était vraiment, qui peut le dire ? Les discours contre-révolutionnaires, racistes, sensationnalistes, le submergèrent totalement, à tel point que ceux qui en reprennent les stéréotypes restent aveugles et sourds devant les enjeux de leur utilisation.

Nous pouvons donc dire définitivement adieu à Guillaume Delorme, capitaine de la section des canonniers de Popincourt, peut-être fier d’avoir l’estime d’une partie des habitants de son quartier : ni des « noirs », ni des « blancs », mais des concitoyens.

Le républicain disparu, seul le nègre resta.


Notes :

1 Alain Corbin, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot sur la trace d’un inconnu, 1798-1876, Paris, Flammarion, 1998.

2 Albert Soboul et Raymonde Monnier, Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l’an II, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985, p. 274-275. Cette notice constitue le travail historique le plus abouti sur la vie de Guillaume Delorme. Elle a été reprise par un site de généalogie concernant les Caraïbes, par le journaliste Pierre Bardin, auteur, par ailleurs, d’une biographie du chevalier de Saint-Georges (« Guillaume Delorme – Le Montagnard »,généalogie et histoire de la Caraïbe,www.ghcaraibe.org%2farticles%2f2015-art11). Cette présentation complète le Répertoire…, mais son auteur utilise des sources de seconde main pour la rendre plus consistante. Le recours à ces éléments nourrit des questionnements tant la nature des appréciations sur Delorme, depuis 1795, renvoie à de multiples objectifs idéologiques, objectifs que nous analysons plus loin.

3 A ce titre, il a droit à une notice sur un site d’expertise de meubles anciens répertoriant les différents « maitre-ébénistes » du faubourg Saint-Antoine : meubliz.com/artiste_designer/guillaume_delorme/ 12/12/2025.

4 Albert Soboul et Raymonde Monnier, Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l’an II, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985, p. 274-275.

5 Albert Soboul et Raymonde Monnier, Répertoire du personnel sectionnaire...op.cit. Raymonde Monnier, « l’étendue d’un désastre : Prairial et la révolution populaire », AHRF, 1996, n°2, p. 387-400.

6 Antoine de Baecque, La gloire et l’effroi. Sept morts sous la Terreur, Paris, Grasset, 1997, « La princesse de Lamballe ou le sexe massacré », p.77-106. Et, surtout, Paul Chopelin« Le théâtre d’horreur des massacres de septembre 1792. Lesmises en scène d’une histoire immédiate », Dix-huitième siècle, 2017, p. 291- 306.

7 Claude Langlois, Les sept morts du roi, Paris, Anthropos, 1993.

8 Bronislaw Baczko, Comment sortir de la terreur - Thermidor et la Révolution, Paris, Gallimard, 1989. Marc Belissa et Yannick Bosc, Robespierre. La fabrication d’un mythe, Paris, Ellipses, 2013.

9 Par exemple, dans Imbert de Saint-Amand, Les femmes des Tuileries, le château, Paris, Dentu, 1880, p. 463.

10 Reynald Sécher, Le miroir sans retour, Monaco, éditions du Rocher, 2018.

11 Dominique Sabourdin-Perrin, Les oubliés du Temple, Paris, éd. Salvador, 2013.

12 Vicomte de Reiset, « La princesse de Lamballe », p.147-150,Historia,1910-1913, n°19-24.

13 Jules Edouard Alboise du Pujol, Auguste Maquet, Les prisons de l’Europe, Paris, vol.3-4, 1845.

14 Par exemple, plusieurs ouvrages de Maurice Sicart, sous le pseudonyme de Saint-Paulien, reprennent un récit de la mort de la princesse de Lamballe, où le « nègre Delorme » est immanquablement associé au vin et à la taverne.

15 Sur ceci, cf. Nathalie Alzas, Marianne aux Enfers,Paris, éd. Critiques, 2024.

16 François Adolphe Mathurin de Lescure, La princesse de Lamballe, sa vie, sa mort, Paris, Plon, 1864.

17 Pour un florilège de ces poncifs, Michel Craplet, L’ivresse de la Révolution. L’histoire secrète de l’alcool, 1789-1794,Grasset, 2021. L’auteur, à l’instar du docteur Cabanès, fait de la Révolution une pathologie, ici alcoolique, qui touche l’ensemble des acteurs de la Révolution.

18 Paul Fassy, Episodes de l’histoire de Paris sous la Terreur : Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe et la prison de la Force, Paris, librairie du Petit Journal, 1868, p. 54.

19 Le nombre exponentiel de meurtres attribué à un seul homme, en quelques heures, participe d’une thématique traditionnelle de la diabolisation de l’adversaire. Lamartine reprend donc ici un motif souvent attribué à Delorme.

20 Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins[1847],Paris, Robert Laffont, 2013, tome I, p. 787.

21 Louis-Sébastien Mercier, L’an 2440. Rêve s’il n’en fut jamais (1771), Paris, La Découverte, 1999, p. 130.

22 Guillaume Thomas Raynal, Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce dans les deux Indes, Genève, 1780, section XXIV du livre 9, p. 206. Passage attribué à Diderot.

23 Charles Dementhon, Une victime des massacres de septembre, l’abbé Jean-Baptiste Bottex, député du clergé de Bresse aux Etats-Généraux, massacré aux journées de septembre, sl, ed. V.Lecoffre, 1903.

24 Mathurin Lescure, La princesse de Lamballe, Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, sa vie, sa mort, d’après des documents inédits, Paris, Plon, 1864, p.419-420.

25Georges Duval, Souvenirs thermidoriens, Paris, Magen, 1844, p. 258.

26 Court, Boissy d’Anglas saluant la tête du député Féraud, assassiné par la populace révoltée, le 1erprairial, 1833, musée des Beaux-Arts de Rouen. Sur l’épisode en lui-même et le contexte de la création du tableau, cf. Christine Le Bozec, Boissy d’Anglas, un grand notable libéral, Privas, Fédération des Œuvres laïques de l’Ardéche, 1995.

27 Georges Duval, Souvenirs thermidoriens, Paris, Magen, 1844, p. 258.

28 Charles d’Héricault, « Confessions, souvenirs et bavarderies de Fani Roseval », Revue de la Révolution, revue historique, philosophique, économique, littéraire et artistique, octobre 1886, p. 247.

29 Siméon Jean Charles Poisson, L’armée et la Garde nationale, Paris, A. Durand, 1859, p. 253. Fantasmes analogues dans Réveil,1er prairial an III, Scènes historiques de la Convention nationale, Paris, 1834, p. 32, qui le présente comme un homme « borné » mais qui entretenait, là aussi, plusieurs femmes.

30 Rétif de la Bretonne, Les nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, Paris, 1794, t. VIII, p. 373-374.

31 Par exemple le site hixtoire.net sur le « supplice de la princesse de Lamballe », actif en 2025.

32 Le Journal illustré,12 avril 1864, p.344.

33 Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, lepoint.fr/actu-science/le-sexe-de-la-princesse-de-lamballe, 3/9/2013, modifié le 3/9/2014. Ainsi que citations suivantes.

34 Georges Duval,Souvenirs thermidoriens. Paris, 1844, p. 258 : « Sa peau noire presque entièrement rougie par le sang qu’il répandait à flots et poussant d’affreux éclats de rire à chaque victime qu’il voyait expirer ».

35 Par exemple, lysardent.fr/2013/09/03/3-septembre-1792-leffroyable-depecage-de-la-princesse-de-lamballe-par-les-egorgeurs-sans-culottes/ consulté le 10/12/2025 et sur youtube, le site nousroyalistes, qui reprend : « le nègre Delorme… ses gros doigts violent la morte…, rit aux éclats »,etc. mars 2025www.youtube.com/watch?v=QaO7rKzroMo On peut trouver d’autres sites dans la même veine, bien enracinés dans une tradition réactionnaire, ainsi ceux qui font de l’assassinat de la princesse le fruit d’un complot maçonnique…

36 Marc Knobel, Cyberhaine. Propagande et antisémitisme sur Internet, Paris, Hermann, 2021.

37 D’où la nécessité pour certaines « élites » d’avoir, désormais, la peau très blanche pour éviter d’être confondues avec les aoûtiens s’entassant sur les plages.

38 Antoine Johannot, Mort de Madame de Lamballe, vers 1832-1836, musée Carnavalet.

39 Musée Civique de Turin.

40 Antoine de Baecque, La Révolution terrorisée, Paris, CNRS, 2017.

41 Cf., entre autres exemples, youtube.com/watch?v=4dmXotYVp0Y « La Princesse Massacrée Dont la Tête Fut Brandie à la Fenêtre de la Reine : La Fin Atroce de Lamballe », cycle « les meilleurs récits ». Consulté le 19/12/2025.

42 Chantal Thomas,La reine scélérate, Paris, Le Seuil, 1989. L’ouvrage rappelle, qu’à l’époque, la cible essentielle des pamphlets était cependant madame de Polignac.

43 Cf. par exemple le site parismarais.com/fr/le-marais-blog/3-septembre-1792-meurtre-de-la-princesse-de-lamballe.html, 2023, pour qui l’assassinat de la princesse de Lamballe relève de la « lesbophobie ».

44 Caliban, par deux ermites de Ménilmontant rentrés dans le monde. Paris, Denain, 1833, t. 2, « Jean Tinel. Esquisses révolutionnaires. Prairial an III. Le vieux républicain », p.331-435.

45 Alain Corbin et Jean-Pierre Mayeur (dir.), La barricade, Paris, éd. de la Sorbonne, 1997.

46 Jules Clarétie, Les derniers montagnards. Histoire de l’insurrection de prairial an III (1795). Paris, librairie internationale, 1874, p. 141. Mots en italique soulignés par nous.

47 Par exemple David, Le Triomphe du Peuple français sous les traits d’Hercule, 1794, estampe, musée du Louvre.

48Eric Vuillard, 14 juillet. Arles, Actes Sud, 2016, p. 171-172.

49« Daniel Picouly se livre et parle de sa passion pour Marie-Antoinette aux lycéens d'Auguste-Renoir », Nice Matin, 22 novembre 2017.

50 Daniel Picouly, Tête de nègre, Paris, Biblio, 1998, p. 11.

51 Daniel Picouly, L’enfant léopard, Paris, Grasset, 1999, p.79.

52 Banlieue 13 de Pierre Morel, 2004 (cosc. Luc Besson).

53 Daniel Picouly, L’enfant léopard, Paris, Grasset, 1999, p. 40-41.

54 Daniel Picouly, Tête de nègre, op.cit.p. 65.

55 Daniel Picouly, Tête de nègre,op. cit.

56 Daniel Picouly, La nuit de Lampedusa, Paris, Albin Michel, 2011.

57 Harry T. Dickinson Pascal Dupuy, Le temps des cannibales, Paris, Vendémiaire, 2019, p. 334.

58 Frank Lestringant, Le cannibale. Grandeur et décadence, Paris, Perrin, 1994.

59 Jules Verne, Les enfants du capitaine Grant, Paris, Hetzel, 1867. Le Chancellor, Paris, Hetzel, 1875.

60 Mondher Kilani, Du goût de l’autre. Fragments d’un discours cannibale, Paris, Seuil, 2018, p. 66.

61 Charles d’Héricault, Aventures de deux Parisiennes pendant la Terreur. Paris, Didier &Cie, 1881, 2ème éd., p.328.

62 Jules Beaujoint, Les auberges sanglantes : l’auberge Peirebelle, Paris, Fayard, 1888.

63 Claude Autant-Lara, L’auberge rouge, 1951.

64 Par exemple, Catherine Hemary-Vieille, La bourbonnaise, Paris, Albin Michel, 2001.

65 Alain Vircondelet, La princesse de Lamballe, l’ange de Marie-Antoinette, Paris, Flammarion, 1998, p. XVII.

66 https://www.youtube.com/watch?v=3glg6nnOu38 consulté le 18/12/2025

67 Ibid.

68 Voir, par exemple, l’œuvre d’Olivier Dutaillis, dont la thématique est suffisamment à la mode, dans les années 2010, pour donner lieu à un téléfilm, via son scénario (Une femme dans la Révolution, réalisée par Jean-Daniel Verhaeghe, France 3, 2013) puis à un roman, La pensionnaire du bourreau, Paris, 2014, Albin Michel.